Dans ces années, Antraïgues avait été épargnée par la peste et le choléra, deux fléaux qui avaient ravagé le canton. Une petite chapelle fut alors édifiée plus haut dans la montagne, près du traditionnel lieu de pèlerinage du 16 août. Elle fut dédiée à Saint Roch, protecteur des malades et des pauvres. La chapelle fut bénie en 1858 et occupée jusqu’en 1893 par un ermite, le frère Antoine. La proclamation de la république de 1848 avait été acclamée par les Antraïguains qui envoyèrent au gouvernement provisoire ce message: « Le bruit de la victoire du peuple a réveillé un vieil écho dans nos montages… ». La gauche sortait victorieuse des élections cantonales de 1949, et lors de nombreuses autres élections par la suite. Dans cette «campagne rouge», les habitants du village ont caché pendant la deuxième guerre mondiale une centaine de maquisards combattant pour la libération. Après la bataille du Cheylard, Antraïgues fut choisi par l’Armée secrète et les Francs-Tireurs et Partisans Français comme siège d’un état-major commun, et les F.T.P.F. y créèrent également un tribunal militaire controversé par la suite. Après la guerre, nombreux étaient ceux qui partaient pour gagner leur vie dans les grandes villes comme Lyon ou Marseille. Avec le déclin des moulinages et les changements imposés par l’agriculture industrielle, peu de jeunes voyaient encore l’avenir dans ces montagnes. Mais il y avait aussi une tendance inverse : dans les années 60, de plus en plus de gens fuyaient "le formica" et "le poulet aux hormones" et réhabilitèrent des fermes abandonnées. A Antraïgues, un grand nombre de nouveaux habitants est artiste, souvent introduits au village par Jean Saussac, artiste peintre, décorateur de films et ancien maire d’Antraïgues de 1965 à 1977. Ainsi, Jean Ferrat arriva au village en 1964. Il fut d’abord hébergé par Hélène Baissade, patronne du restaurant mythique « Lo Podello » et artiste elle-même. Puis, il acheta avec sa première femme Christine Sèvres une ferme aux alentours du bourg. C’étaient les années de «l’âge d’or» du village : Les soirées au Podello et à la Montagne, les célèbres «Nuits d’Antraïgues» (1966) avec un plateau extraordinaire : Jacques Brel, Jean Ferrat, Christine Sèvres, Pierre Brasseur, Catherine Sauvage, Francesca Solleville, et Isabelle Aubret… Plus tard, se sont déroulés sur la place de la Résistance les fameux banquets républicains. L’initiative d’organiser ces rassemblements conviviaux contre le racisme et l’intolérance venait de Jean Saussac, qui fut également à l’origine du «village aux cent sculptures», projet inspiré par deux figurines très anciennes qui ornent l’ancienne mairie. Dans les années 1990, il invita tous les Antraïguins à sculpter des têtes en taillant les murs de leurs maisons ou en utilisant des pierres de lave rapportées des volcans alentours. Aujourd’hui, un petit circuit autour de l’église permet de découvrir les 70 têtes alors réalisées et incrustées dans les murs (plan du circuit disponible à l’Office de Tourisme). Un autre rêve du peintre a été réalisé récemment: 1700 hortensias ont été plantés pour créer la «vallée bleue» sur les rives de la Volane. S ources pour une lecture plus approfondie: • «Antraïgues la Belle Antraïgues la Rebelle», Hélène Terrisse raconte Antraïgues, Mai 2006. • Christian et Jean-René Nace : Ardèche, Terre d’industrie, La Fontaine de Siloé, 2001 • Michel Riou, Michel Rissoan : Ardèche, terre de village, Fontaine de Siloé 2008 • Emmanuel T. et Monique Berger : Les jeunes volcans d’Ardèche, Sud-Ouest 2007
Montagnes de feu Antraïgues est situé au cœur du «Pays des jeunes volcans d’Ardèche» et au pied de la «Coupe d’Aizac». Volcan du type strombolien, il s’agit d’un cratère basaltique datant de l’avant dernier épisode éruptif qui a affecté le Bas Vivarais il y a de ça 80 000 ans. Antraïgues est en partie bâti sur sa coulée dont en peut suivre les traces de l’éruption dans la vallée de la Volane presque jusqu’à Vals-les-Bains. A Antraïgues, les formations basaltiques les plus intéressantes sont le neck volcanique «rocher de fromage», la cascade de l’Espissard ainsi que les falaises surplombant le plan d’eau du village. Un autre volcan qui a sculpté le paysage autour d’Antraïgues est le neck de Craux sur la commune voisine de Genestelle, avec ses «clapas», éboulis donnant aux flancs des montagnes leurs couleurs caractéristiques, mêlées de tons gris et mauves. Entre les eaux Ce sont les eaux, «aigues» en provençal, qui ont donné son nom au village qui en est entouré. Trois rivières se rejoignent au pied du promontoire sur lequel est juché Antraïgues. La plus importante, la Volane, serpente entre gorges et rochers et sait se montrer sauvage au moment des grandes pluies automnales. À une allure plus paisible, la Bise et le Mas murmurent à l’ombre d’aulnes et de frênes dans des vallées à nord et à l’est du village (hameaux : Le Régal, Le Mas, le Mazoyer). Près des rivières, on découvre des béalières, petits canaux qui irriguaient autrefois jardins et champs et apportaient également l’eau aux moulins. L’eau devient l’énergie première au temps de l’industrialisation. Profitant de sa situation géographique stratégique entre les soieries de Lyon et le port de Marseille, le Vivarais développe le moulinage qui est à son apogée au cours du XIX siècle. Ainsi, vers 1860, deux tiers des salariés ardéchois sont employés par l’industrie de la soie. Vers 1900, la moitié de la production française de soie ouvrée provient du Vivarais, avant que l’invention de la soie artificielle cause le déclin de cette aventure après la première guerre mondiale. Autour d’Antraïgues, nombreux sont encore les bâtiments témoins de cette époque. Un des plus importants moulinages était «Le Brugeas» (1809 – 1970), situé comme le «Pont de Gamon» au bord du Mas. Côté Volane, «La Manufacture» au Raccourci, «Lazuel», «Le Gourbet», «Le Moulin des Pauvres» «Le Barracou» … Le principal quartier industriel était le « Pont de l’Huile » au bord de la Volane, qui doit son nom à un ancien moulin à noix. Des deux côtés du pont se trouvaient les usines de Marqueboul et de Sauteyrac. Vers 1860, Antraïgues était un bourg d’environ 2000 habitants et comptait 25 cafés ! Terre nourricière Façonnée par les eaux et le feu, la terre porte également les marques de l’homme qui a assemblé les pierres pour bâtir maisons et calades (chemins pavés). Pendant des siècles, il sculptait des flancs de montagne en dressant des murettes en pierre sèche, c'est à dire sans utilisation de liant. Ainsi, il aménageait des terrasses dans des pentes les plus raides. Ces «accols» étaient édifiées pour les cultures, les potagers, les céréales, les fruitiers et les mûries (dont les feuilles nourrissaient les vers à soie), le tout entouré de la châtaigneraie. Depuis des temps immémoriaux, le châtaignier recouvre les pentes ardéchoises. Cultivé depuis le moyen âge, «l’arbre à pain» a nourri des générations d’Ardéchois et a donné une base d’existence aux fermes isolées dans la montagne. Aujourd’hui, quelques châtaigneraies sont toujours entretenues. Les variétés les plus courantes à Antraïgues sont la Comballe et la Bouche Rouge. Ces fruits sont également très appréciés par les sangliers que l’on rencontre fréquemment dans les châtaigneraies et dans les bois, lors d’une cueillette de champignons, de myrtilles ou de framboises. Une autre tradition fermière fut ici l’élevage de moutons et de chèvres. Dans les fermes du Mas et du Mazoyer, qui est avec ses 800m d’altitude le hameau le plus haut de la commune, on fabriquait il y a encore quelques années des fromages si typiques de ce terroir. Au-dessus des troupeaux, grimpant à travers bruyères et genets jusqu’au suc des Pradoux qui s’élève à une altitude de 1342m, on peut parfois contempler le vol majestueux de buses et éperviers, et avec un peu de chance, celui d’un couple d’aigles, animal en cours de réintroduction dans les Cévennes. L’air du temps, l’air d’une chanson Les documents les plus anciens permettent de retracer l’Histoire du village jusqu’au XIIe siècle, mais d’après des vestiges trouvés dans le sous-sol, il est fort probable que le lieu fut peuplé depuis l’antiquité. Du XIIIe au XVIe siècle, Antraïgues fut dominé par les familles seigneuriales de Cayres et de Goys. A partir du XVIIe siècle, c’est aux seigneurs de Launay qu’appartient le château sur la place. Ces nobles protestants s’étaient convertis au catholicisme après l’édit de Nantes. Le plus célèbre des comtes d’Antraïgues fut le dernier, Emmanuel de Launay, qui a beaucoup intéressé les historiens. Il fut non seulement l’auteur d’écrits progressistes en 1789, quelques mois avant les émeutes qui menèrent à la révolution, mais aussi un des trois députés qu’Antraïgues envoya à la Convention. Plus tard, il se rapprocha des monarchistes et participa en tant qu’espion aux conspirations contre-révolutionnaires. Pendant ce temps, les Antraiguains n’avaient pas docilement attendu le retour du comte : en 1789 ils avaient brûlé les privilèges, et en 1792 le château comtal de Labastide. L’ancien donjon du château d’Antraïgues fut enfin transformé en clocher de l’église St Baudile lors de la construction de cette dernière à partir de 1820. L église, érigée sur l’ancien jardin des Seigneurs, remplaçait la petite chapelle du même nom qui avait brûlé accidentellement en 1816 et qui s’était trouvée aux abords de la place actuelle, qui à son tour avait été l’emplacement du cimetière communal jusqu’en 1840.
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